Hafen Offenbach, Offenbach-sur-le-Main en Allemagne
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On apprend en observant. Dans la quête permanente de solutions adéquates à appliquer au développement de quartiers, il faut s’inspire de quartiers historiques et contemporains et de projets d’urbanisme qui ont démontré leur efficacité.
Si l’idée de recouvrir l’autoroute est encore un rêve lointain à Anvers, elle est devenue une réalité à Maastricht il y a quelques années avec « De Groene Loper ». Ce projet global innovant a fait jaillir un morceau de ville sur et autour du toit du tout nouveau tunnel Koning Willem-Alexander. La différence avec la configuration antérieure ne peut être plus flagrante. À l’endroit où l’A2/N2 causait autrefois pollution et nuisances sonores et coupait littéralement la partie est du centre-ville en deux, trône désormais un agréable quartier qui accueille plus de 1 100 logements, quelque 30 000 m² d’immeubles commerciaux et un parc de 2,3 kilomètres de long. Il n’est donc pas surprenant que ce boulevard urbain verdoyant et animé soit parfois surnommé « la Rambla des Pays-Bas ».
Passant d’un simple chemin de terre à une (auto)route très fréquentée par les vacanciers néerlandais qui rejoignent massivement les régions ensoleillées du sud, l’A2/N2 située à l’est de Maastricht est devenue, au cours du XXe siècle, un axe de circulation incontournable pour nos voisins du nord en quête de chaleur. Si, par le passé, il faisait bon vivre dans les quartiers environnants, la qualité de vie dans cette partie du centre-ville s’est progressivement dégradée sous l’hégémonie de la reine voiture qui, jusqu’à il y a peu, régnait d’une main de fer et transformait l’imposante President Rooseveltlaan en un véritable entonnoir de circulation. Une solution ingénieuse s’imposait en matière d’infrastructure et d’urbanisme. En 2006, les communes de Maastricht et de Meerssen, la Provincie Limburg et l’agence gouvernementale Rijkswaterstaat ont uni leurs forces pour créer un consortium. Leur objectif ? Élaborer un concept global intégré en termes de mobilité et d’habitabilité, qui permettrait de descendre sous terre la route à quatre voies source de nuisances et de réaménager l’espace libéré en surface. Le coup d’envoi officiel de ce prestigieux projet d’envergure a été donné en 2009.
Le fait que ce projet ait été baptisé « De Groene Loper » ne doit rien au hasard. L’idée était, en effet, de faire explicitement la part belle à la faune et la flore. Après la construction, en 2017, du tunnel Koning Willem-Alexander à deux étages, qui renferme l’A2 et la N2 et qui scinde efficacement le trafic de transit et le trafic local, un parc de 2,3 kilomètres de long a vu le jour en surface. La zone prend désormais la forme d’une promenade sinueuse, dont la largeur varie entre 45 et 120 mètres. Si cet espace public unique constitue un lieu de rencontre prisé et verdoyant au caractère récréatif, il comble également une lacune urbanistique. Il relie en effet les quartiers situés de part et d’autre de l’A2/N2 et facilite l’accès à la zone majoritairement naturelle du nord de Maastricht.
Le parc est traversé par une esplanade semi-asphaltée pour les piétons et les cyclistes, bordée de gigantesques tilleuls. Ceux-ci font partie d’un plan spécifique d’arborisation, axé sur une intégration optimale dans l’environnement existant, qui comprend aussi dix autres variétés, dont des tulipiers, des chênes rouvres et des chênes pédonculés, des cerisiers du Japon et des frênes. Favoriser la biodiversité était l’un des principaux axes de la stratégie d’aménagement paysager. Des parterres de fleurs, des hôtels à abeilles et des charmes de 8 à 10 mètres de haut qui attirent diverses espèces d’oiseaux contribuent également à cet objectif. Le résultat est à la hauteur de l’enjeu : 80 % des voitures ont disparu sous terre, les émissions de particules fines et de dioxyde d’azote ont diminué de 70 à 80 % et les nuisances sonores ont été réduites de 60 %. Avec ses quelque 1 800 arbres, ce poumon vert, où transitaient autrefois des milliers de véhicules par jour, permet à Maastricht et ses habitants de respirer à nouveau, au propre comme au figuré.
Le masterplan du projet De Groene Loper comprend également un important volet immobilier. Le percement du tunnel de l’A2/N2 a en effet libéré l’espace nécessaire à la construction d’un nouveau quartier d’environ 1 100 logements exempts d’énergie fossile et (presque) neutres sur le plan énergétique, dont l’aménagement a commencé en 2019. La zone de projet étirée a été divisée en trois sous-zones (nord, centre et sud), chacune ayant sa propre signature. Dix cabinets d’architectes ont été chargés de concevoir les nouveaux volumes résidentiels dans le cadre de séances de conception collectives. Les priorités ? L’« unité dans la diversité » et la « connexion avec la ville ». Les typologies et les surfaces résidentielles sont également très différenciées : tours résidentielles, petits immeubles d’appartements, maisons bourgeoises ou encore maisons de ville. Le projet comprend, en outre, un complexe de soins composé de 41 logements pour les personnes atteintes de démence (Het Gastenhuis), 121 logements sociaux locatifs et 3 bâtiments rénovés, dont l’imposant Gemeenteflat. Autant de transformations qui donnent lieu à un paysage urbain diversifié, inspiré du cachet typique des « singels » historiques de Maastricht, et fidèle au style des bâtiments existants. 30 000 m² d’immeubles commerciaux (bureaux, commerces et établissements horeca de taille modeste) viennent compléter l’ensemble.
L’impact positif du projet De Groene Loper est colossal. La valeur marchande des logements dans les quartiers environnants a augmenté de 29 % au cours de la dernière décennie par rapport au reste de la ville. Le projet sert également de levier pour d’autres rénovations ailleurs dans la ville, comme l’aménagement du Vrijheidspark à hauteur de la Koningsplein-Oranjeplein, la rénovation des logements sociaux existants ou encore la création d’un centre pour enfants dans l’ancienne école Theresiaschool. Qualifier De Groene Loper de projet d’infrastructure est donc un euphémisme. Les parties prenantes ont considéré la solution au problème de mobilité initial non pas comme un objectif, mais comme un moyen d’éliminer la barrière physique et sociale à l’est de Maastricht grâce à un projet de développement urbain intégré, de créer une plus-value sociale et de construire une nouvelle zone de résidence et de séjour attrayante. Mission accomplie !