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« Créer des communautés ne commence pas dans une salle de réunion, mais au cœur des quartiers »

31 août 2026

La cohésion sociale dans les quartiers nous tient particulièrement à cœur dans notre métier de développeur de quartiers. Nous en avons parlé avec Guy Redig, ancien professeur à la VUB et expert en participation citoyenne.

Selon lui, la clé de communautés fortes ne réside ni dans de grandes structures ni dans les différents niveaux de pouvoir. Elle se trouve dans les quartiers, auprès des bénévoles qui prennent des initiatives, des fonctionnaires locaux qui sont à l’écoute et des responsables politiques qui osent décider avec leurs habitants. Car, au fond, ces derniers ne sont-ils pas les copropriétaires de leur ville ou de leur commune ?

Depuis de nombreuses années, la volonté de renforcer les liens entre les habitants s’impose au sein des administrations locales. Elles mettent délibérément en place des processus participatifs, des budgets de quartier et des initiatives citoyennes. Malgré ces efforts, nombreux sont ceux qui continuent pourtant à percevoir de la distance avec les pouvoirs publics. Certaines initiatives se limitent parfois à un projet ponctuel. D’autres suscitent un certain cynisme lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.

Selon Guy Redig, cette situation s’explique par un problème de fond : de nombreux citoyens ne comprennent pas comment nos pouvoirs publics sont organisés. Qui décide de quoi ? Quelle est la différence entre le collège communal et le conseil communal ? Quel est le rôle d’un fonctionnaire ? Quelles compétences relèvent du niveau local, régional ou fédéral ? « Il existe un fossé entre les connaissances des citoyens et la manière dont nous avons organisé l’État. Beaucoup attendent de leur ville ou de leur commune qu’elle apporte des solutions à des problèmes qui ne relèvent pas de ses compétences. »

Cette méconnaissance alimente les frustrations. Les problèmes du quotidien, comme le mauvais état des routes, la mobilité ou les nuisances, sont rapidement imputés « aux pouvoirs publics », sans distinction entre les différents acteurs et niveaux de pouvoir. Parallèlement, les citoyens n’entrent souvent en contact avec leur administration que lorsqu’un problème survient. C’est précisément ainsi que s’installe l’image de pouvoirs publics distants ou peu concernés.

La participation commence par la bonne question

Guy Redig reste pourtant optimiste. « Nous disposons aujourd’hui de suffisamment d’outils pour associer activement les citoyens. La question est de savoir si les administrations y consacrent assez de temps et si elles savent comment les utiliser de manière durable. » La participation se résume trop vite à une enquête ou à une réunion de quartier, sans réflexion suffisante sur ce que l’on cherche réellement à savoir.

Il cite l’exemple d’une commune qui demande à ses habitants s’ils estiment nécessaire de réaménager une place de quartier. « D’un point de vue méthodologique, ce n’est pas la bonne question. La plupart des gens n’ont aucune idée précise de la manière dont une telle place peut être agencée. Mieux vaut leur demander comment ils vivent les espaces ouverts dans leur environnement immédiat et ce qui leur manque. Donnez-leur des sources d’inspiration et, surtout, reconnaissez la valeur de leur contribution. Vous libérerez ainsi beaucoup plus de créativité et d’énergie. »

Une participation de qualité exige donc de l’expertise, une approche réfléchie, mais aussi beaucoup d’envie et de persévérance. Même si les choses ne fonctionnent pas du premier coup.

Guy Redig ne voit aucun problème à ce que les citoyens raisonnent à partir de leur propre vécu et de leurs intérêts. Selon lui, une administration locale doit toutefois mettre ces intérêts individuels en perspective avec l’intérêt général. Il ne s’agit pas de faire la leçon aux citoyens, mais de les aider à comprendre la situation dans son ensemble.

C’est d’ailleurs ce qui se passe depuis de nombreuses années dans les conseils consultatifs, où les associations apprennent à ne pas défendre uniquement leurs propres besoins, mais aussi à tenir compte des autres groupes de la société. « Chacun peut s’exprimer à partir de ses propres intérêts. Mais on peut aussi attendre des citoyens qu’ils soient disposés à les mettre en balance avec l’intérêt général. » Les conseils consultatifs sont trop souvent présentés comme des lieux où l’on parle beaucoup sans résultat concret. Si c’est effectivement le cas, c’est qu’ils ne bénéficient pas d’un coaching adéquat.

La clé trop souvent oubliée : des fonctionnaires solides

La participation, la création de communautés et la collaboration ne vont pas de soi. Elles nécessitent des collaborateurs capables d’écouter, de créer des liens et d’accompagner les citoyens, tout en osant porter un regard critique sur les décisions politiques. Selon Guy Redig, l’importance d’une administration dotée d’agents compétents est souvent sous-estimée.

« Il faut des fonctionnaires qui font preuve d’empathie envers les citoyens, mais qui savent aussi se montrer suffisamment critiques pour contredire les responsables politiques lorsque c’est nécessaire. Et qui continuent à croire dans la capacité d’action des citoyens. » Une administration locale doit donc recruter des collaborateurs qui possèdent notamment une expertise en participation et en développement communautaire. « Si vous vous entourez de fonctionnaires qui osent porter un regard critique, vous obtenez une administration plus ouverte et plus démocratique. »

S’appuyer sur ce qui naît dans le quartier

Comment une administration doit-elle envisager les initiatives citoyennes ? Pour Guy Redig, la réponse est claire : il faut commencer par observer ce qui existe déjà. « Ce qui naît au sein de la population doit avoir toutes les chances de se développer. » Selon lui, les bénévoles, les associations et les initiatives de quartier génèrent une formidable énergie collective. Le rôle de l’administration consiste à leur donner de l’espace, à les soutenir et, si nécessaire, à les renforcer. Un petit coup de pouce suffit souvent à susciter beaucoup d’enthousiasme. Les pouvoirs publics ne doivent prendre eux-mêmes l’initiative que lorsque certains besoins restent sans réponse. Dans ce cas aussi, la collaboration reste à privilégier. « Vous identifiez les besoins auxquels personne ne répond. Si personne ne se manifeste pour agir, la ville ou la commune peut prendre elle-même l’initiative. Généralement, vous finissez alors par trouver des personnes qui ont envie de s’investir. »

Alors que les décideurs politiques travaillent notamment sur les fusions de communes et la formation de bassins régionaux, Guy Redig estime que l’essentiel se joue ailleurs. « La dynamique au sein même de la commune est de loin la plus importante. Car les communautés se créent dans les quartiers. C’est là que les voisins apprennent à se connaître. C’est là que naît la confiance. Et c’est là que l’implication grandit. La proximité de l’administration locale, au sens propre comme au figuré, revêt ici un rôle crucial. »

Les communautés se créent dans les quartiers. C’est là que les voisins apprennent à se connaître. C’est là que naît la confiance. Et c’est là que l’implication grandit.

Guy Redig
ancien professeur à la VUB et expert en participation citoyenne

Qu’un quartier compte quelques centaines ou quelques milliers d’habitants, les principes restent les mêmes : réunir les gens, donner toutes leurs chances aux initiatives et aux engagements et veiller à ce que les habitants se sentent réellement écoutés.

L’inverse est tout aussi vrai. « Le pire qui puisse arriver à un quartier, c’est que toute cohésion disparaisse ou que les habitants aient le sentiment d’être oubliés par leur administration. Ou encore que la participation se transforme en une succession de procédures bureaucratiques. »

La création de communautés n’est pas un projet

Les administrations locales cherchent souvent des projets innovants pour tisser les liens. Mais selon Guy Redig, multiplier les nouvelles initiatives ne permet pas de créer un impact durable.

La création de communautés exige une vision à long terme, des choix clairs et une écoute constante de ce qui vit sur le terrain. « Lorsque vous écoutez attentivement et que vous collaborez de manière concrète, vous améliorez non seulement la qualité de vos décisions, mais vous renforcez aussi l’adhésion de la population. Des projets communs voient alors le jour, dont les citoyens deviennent copropriétaires. »

C’est sans doute là que réside l’essence même d’une administration locale forte : ne pas organiser davantage de participation, mais mieux la concevoir. Ne pas multiplier les projets, mais donner de l’espace à ce qui existe déjà. Et ne pas partir des structures, mais des personnes.

Car les communautés soudées ne se construisent pas dans les salles de réunion. Elles grandissent à partir du terrain, dans chaque quartier.

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